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Directions financières : CARE, la comptabilité écologique et multi-capitaux

Intégrer les capitaux naturels et humains dans la performance financière.

Pourquoi les directions financières s'intéressent désormais à CARE

Depuis plusieurs décennies, la fonction finance est au cœur du pilotage stratégique. Mais l'environnement économique a profondément changé : pressions réglementaires croissantes, risques ESG plus visibles, attentes sociétales renforcées, et dépendance accrue des entreprises aux ressources naturelles et humaines.

Dans ce contexte, la comptabilité CARE (Comprehensive Accounting in Respect of Ecology) propose une avancée majeure : intégrer les capitaux naturels et humains dans les comptes, avec la même rigueur que les capitaux financiers.

Pour un directeur financier, un contrôleur de gestion ou un auditeur, la comptabilité CARE n'est pas seulement une innovation conceptuelle : c'est une extension du modèle comptable, structurée, chiffrée et auditable, qui permet de mieux piloter les risques et la performance à long terme.

Au programme

Vous découvrez la méthode CARE ? Commencez par l'article d'introduction : le guide complet de la comptabilité CARE.

La comptabilité CARE : une évolution logique du rôle de la fonction finance

La comptabilité financière classique repose sur une hypothèse implicite : les capitaux naturels et humains seraient gratuits, renouvelables et illimités. La comptabilité CARE rompt avec cette hypothèse et introduit trois changements majeurs.

1. Les entreprises dépendent de capitaux non financiers essentiels

Sol, eaux, climat, biodiversité, santé au travail… sont des conditions de production, au même titre que le capital financier.

2. Ces capitaux peuvent être dégradés

Leur dégradation crée une dette environnementale ou sociale, que la comptabilité CARE rend visible.

3. Les dépenses de préservation deviennent des coûts nécessaires

On ne peut distribuer un profit qu'après avoir préservé l'ensemble des capitaux consommés pour le produire.

Pour une direction financière, la comptabilité CARE n'est donc pas un outil « RSE », mais un modèle comptable complet, cohérent avec les normes existantes.

Le cœur du modèle : les trois familles de capitaux au passif

Dans la comptabilité CARE, le passif n'est plus seulement constitué de dettes financières ou d'engagements contractuels.

Il intègre trois catégories de capitaux :

  • le capital financier ;
  • le capital naturel (sol, eau, climat, biodiversité) ;
  • le capital humain (conditions de travail, santé, compétences…).

Chaque capital est une entité capitale, indépendante de l'entreprise, que l'entreprise emploie et doit préserver.

Ce qu'il faut retenir pour une direction financière

Le passif représente les dépenses de préservation nécessaires pour maintenir ou restaurer ces capitaux dans leur bon état écologique.

Ce changement déplace la fonction finance :

  • de l'analyse des seuls flux monétaires ;
  • vers l'analyse de l'état des capitaux mobilisés par l'activité.

Les « euros nécessaires » : la traduction monétaire officielle de CARE

Contrairement aux approches ESG ou aux modèles de « valorisation du capital naturel », la comptabilité CARE ne cherche pas à donner une valeur marchande aux capitaux naturels et humains.

Elle calcule les euros nécessaires : les dépenses à engager pour préserver ou restaurer un capital dégradé.

C'est une logique comptable stricte :

  • des coûts historiques ;
  • des dépenses nécessaires ;
  • des plans de préservation ;
  • des provisions et des actifs en attente.

Pour une direction financière, cela signifie :

  • aucune hypothèse spéculative de marché ;
  • mais des dépenses planifiées, pilotables et auditables.

La comptabilité CARE reste donc dans le périmètre du métier comptable.

Comment la comptabilité CARE structure le bilan et le compte de résultat

CARE s'intègre à la comptabilité par une architecture claire.

Chaque activité de l'entreprise (exploitation, préservation) comporte :

  • trois lignes de capitaux au passif ;
  • des charges correspondant aux différentes actions du modèle CARE :
    • les emplois des capitaux (leurs usages dans l'exploitation) ;
    • les actions de préservation (prévention et restauration) ;
    • les actions d'accès aux capitaux ;
    • et, le cas échéant, les actions d'évitement au sein de l'exploitation.

Exemple simplifié d'un compte de résultat CARE

Charges d'exploitation

  • Emplois des capitaux (financier, naturel, humain)

Charges de préservation

  • Prévention
  • Restauration

Charges d'accès aux capitaux

  • Définition des capitaux
  • Définition des états de référence
  • Expertises et diagnostics

Produits CARE

  • Contribution à l'évitement

Résultat CARE

Le résultat financier après prise en compte des dépenses nécessaires à la préservation des capitaux.

Exemple simplifié de bilan CARE

Passif CARE

  • Capitaux financiers
  • Capitaux naturels (euros nécessaires à leur préservation)
  • Capitaux humains (euros nécessaires à leur préservation)

Actif CARE

  • Actifs traditionnels
  • Éléments liés aux capitaux naturels et humains, qui apparaissent à l'actif lorsque c'est pertinent au regard du modèle CARE appliqué.

Ce que cela change pour la direction financière

  • La performance n'est plus seulement financière : elle devient intégrée.
  • Le profit distribuable devient : profit = résultat − dépenses nécessaires de préservation.

Le bilan devient un outil de lecture du risque environnemental et humain.

CARE et la CSRD / les ESRS : une articulation naturelle

La CSRD impose une logique de double matérialité :

  1. comment l'entreprise affecte les capitaux naturels et sociaux ;
  2. comment ces capitaux affectent sa performance financière.

La comptabilité CARE est l'outil comptable qui permet de rendre cette double matérialité opérationnelle.

Les points d'articulation directs

  • Des cibles scientifiquement fondées : CARE les traduit en seuils de bon état écologique, définis par les traducteurs d'état.
  • Des plans d'action pour atteindre ces cibles : CARE structure les actions de préservation (prévention et restauration).
  • Des métriques pour suivre l'avancement : CARE utilise des indicateurs d'impact et des indicateurs de gestion issus de la comptabilité biophysique.
  • Des ressources financières allouées aux plans d'action : CARE calcule les dépenses de préservation nécessaires (les « euros nécessaires »).

La comptabilité CARE fournit donc une structure comptable qui permet de rendre opérationnelles les exigences clés de la CSRD, en particulier celles qui portent sur les impacts sur le vivant. Elle n'est pas une norme réglementaire, mais un cadre de mise en œuvre pleinement compatible.

Une direction financière qui utilise la comptabilité CARE rend la CSRD plus simple, plus cohérente et plus auditable.

La comptabilité CARE et le contrôle interne : l'auditabilité incluse

Contrairement à certains cadres ESG, souvent qualitatifs ou déclaratifs, CARE est :

  • mesurable ;
  • traçable ;
  • documentée ;
  • auditable.

Ce que la comptabilité CARE exige du contrôle interne

  1. La traçabilité des emplois de capitaux
    • Qui consomme quoi ?
    • Quelle activité entraîne quelle dégradation ?
  2. La fiabilité des traducteurs d'état
    • Indicateurs biophysiques, biomarqueurs ou expertise scientifique.
  3. La planification des dépenses de préservation
    • Prévention.
    • Restauration.
  4. La décomposition du bilan et du compte de résultat par activité
  5. Une documentation systématique
    • Décisions, hypothèses, données sources.

La comptabilité CARE est donc auditable au même niveau que la comptabilité financière.

C'est ce qui en fait un outil stratégique pour les risk managers et les auditeurs internes.

Les bénéfices concrets pour une direction financière

1. Une meilleure gestion des risques (écologiques, opérationnels)

  • La détection des pressions sur les capitaux essentiels.
  • L'anticipation des ruptures, des pénuries, des conflits sociaux.
  • La quantification des engagements nécessaires.

2. Une vision de long terme de la performance

  • L'intégration des coûts futurs.
  • Un résultat plus fidèle.
  • Des décisions d'investissement éclairées.

3. Un alignement naturel avec la CSRD

  • Une charge de conformité réduite.
  • Des données plus robustes.
  • Un récit cohérent entre la RSE et la finance.

4. Un avantage stratégique

  • Un accès facilité aux financements (prêts verts, obligations durables).
  • L'attraction des investisseurs institutionnels.
  • La différenciation sur un marché qui exige transparence et soutenabilité.

Comment intégrer la comptabilité CARE dans la fonction finance : la feuille de route

Étape 1 : définir les capitaux

Identifier les capitaux naturels, humains et financiers mobilisés par l'organisation :

  • déterminer les entités capitales (sol, eau, climat, biodiversité, salariés…) ;
  • définir leurs traducteurs d'état (indicateurs, biomarqueurs, diagnostics) ;
  • fixer leurs seuils de préservation (bon état écologique et social).

Objectif pour la finance : disposer d'un cadre clair pour suivre les dépendances de l'entreprise.

Étape 2 : analyser les emplois (les dégradations)

Pour chaque activité de l'entreprise :

  • identifier les emplois des capitaux (comment l'activité exerce une pression) ;
  • mesurer leurs impacts biophysiques ;
  • repérer les dégradations potentielles (les dépassements de seuils).

Objectif pour la finance : comprendre quelles parties du modèle d'affaires génèrent une dette écologique ou sociale future.

Étape 3 : structurer les actions de préservation

Pour chaque emploi susceptible de dépasser un seuil, définir :

  • des actions de prévention ;
  • des actions de restauration.

Objectif pour la finance : planifier les dépenses nécessaires pour maintenir les capitaux en bon état.

Étape 4 : intégrer la chaîne de valeur

Requalifier les flux entrants et sortants selon CARE :

  • achats et charges externes : identifier la part liée à la préservation, à l'évitement ou aux emplois ;
  • ventes et investissements : identifier s'ils contribuent à préserver les capitaux.

Objectif pour la finance : comprendre comment les partenaires, les fournisseurs et les clients influent sur la dette écologique.

Étape 5 : modéliser les dépenses de préservation (les « euros nécessaires »)

Calculer les montants nécessaires à :

  • la prévention ;
  • la restauration ;
  • les diagnostics et expertises (l'accès aux capitaux).

Objectif pour la finance : quantifier le coût de renouvellement des capitaux — l'équivalent CARE de l'amortissement écologique et humain.

Étape 6 : intégrer les coûts de renouvellement et mesurer la dette socio-environnementale

Reprendre la comptabilité biophysique et traduire les besoins de préservation en montants monétaires.

Comparer ensuite :

  • les dépenses de préservation nécessaires (pour atteindre le bon état) ;
  • les dépenses réellement réalisées.

L'écart entre les deux constitue la dette socio-environnementale (exprimée en « euros nécessaires »).

Objectif pour la finance : intégrer les coûts de renouvellement des capitaux dans le modèle d'affaires, et identifier la dette écologique et sociale associée.

Étape 7 : produire les états financiers intégrés CARE

Établir les états comptables intégrés :

  • le bilan CARE (avec les capitaux au passif et les opérations en cours à l'actif) ;
  • le compte de résultat CARE (emplois, préservation, accès aux capitaux, contributions) ;
  • les annexes (définitions, seuils, états biophysiques, dégradations irréversibles…).

Objectif pour la finance : disposer d'une image fidèle de la performance financière et écologique.

Étape 8 : réaliser l'analyse intégrée

Analyser :

  • la solvabilité environnementale et sociale ;
  • l'effet de levier des capitaux extra-financiers ;
  • les dépendances critiques ;
  • la sensibilité du modèle d'affaires aux scénarios futurs.

Objectif pour la finance : piloter l'organisation en intégrant ses risques et ses opportunités écologiques et économiques.

La comptabilité CARE : une opportunité pour la fonction finance

La fonction financière vit une transformation majeure.

Entre la CSRD, des investisseurs plus exigeants, des risques physiques et sociaux croissants et une réglementation changeante, les directions financières doivent élargir leur périmètre d'analyse.

La comptabilité CARE apporte :

  • un langage comptable ;
  • une structure ;
  • une méthode de calcul ;
  • une lecture intégrée de la performance ;
  • une meilleure gestion des risques ;
  • une rigueur d'audit.

C'est l'outil qui manquait entre le reporting RSE, le contrôle interne et le pilotage stratégique.

Exemple simplifié (lecture de la direction financière)

Une entreprise industrielle utilise une ressource en bois (capital biodiversité) pour son procédé.

  • État de la ressource : sous le seuil de préservation.
  • Dépenses de prévention identifiées : 300 k€.
  • Dépenses de restauration nécessaires : 700 k€.

Lecture comptable CARE :

  • 1 M€ correspond aux euros nécessaires pour préserver le capital naturel biodiversité (le bois) ;
  • ce montant apparaît au passif CARE comme capital naturel à préserver ;
  • les dépenses réellement engagées viennent réduire cette dette ;
  • le résultat CARE n'est positif que si les coûts de préservation sont couverts.

Pour la direction financière, la performance financière ne peut donc plus être lue sans tenir compte de la capacité réelle de l'entreprise à préserver les capitaux dont dépend son activité.

Conclusion : la comptabilité CARE, une extension naturelle du rôle de la direction financière

CARE n'est pas « un petit plus RSE ».

CARE n'est pas un reporting.

CARE n'est pas un modèle flou.

CARE, c'est la comptabilité du XXIᵉ siècle : celle qui reconnaît que l'entreprise ne vit pas seulement du capital financier, mais de tous les capitaux qui rendent son activité possible.

Pour une direction financière, intégrer la comptabilité CARE, c'est :

  • prolonger son expertise ;
  • renforcer sa maîtrise des risques ;
  • offrir une vision plus fidèle de la performance ;
  • anticiper les exigences réglementaires de demain.

Et surtout : donner à la comptabilité un rôle stratégique dans la préservation du vivant.

La comptabilité CARE ne se contente pas d'enrichir le reporting extra-financier : elle étend le modèle comptable pour intégrer les capitaux naturels et humains à l'analyse de la performance, des risques et de la solvabilité à long terme.