Comptabilité CARE : le guide complet pour comprendre ce modèle multi-capitaux
De la comptabilité traditionnelle à une approche durable : comment CARE transforme la gestion des entreprises et des autres organisations.
Pourquoi la comptabilité CARE va changer la donne
Quand on parle de comptabilité, on pense aux bilans, aux chiffres et aux tableaux Excel bien ordonnés. Un outil essentiel pour piloter une organisation, mais souvent réduit à la seule gestion financière. Et si elle pouvait aussi servir à préserver la planète et les êtres humains ? C'est précisément ce que propose la méthode CARE.
CARE signifie Comprehensive Accounting in Respect of Ecology — comptabilité globale dans le respect de l'écologie. Ce n'est pas un énième concept abstrait, mais une nouvelle façon de voir la comptabilité : sortir de l'obsession du profit financier à court terme, pour une vision qui prend enfin en compte les impacts sur l'environnement et sur les humains.
Pourquoi est-ce important ? Parce que la comptabilité classique fait comme si les ressources naturelles et humaines étaient infinies. Un arbre coupé ? Invisible dans les comptes. Un salarié épuisé ? Une simple ligne de coût. Avec CARE, les organisations doivent comptabiliser leur dette écologique au même titre que leurs dettes financières. Si une entreprise exploite ses ressources sans les préserver, elle affiche des pertes.
CARE n'est pas un concept vague : c'est une méthode qui s'ancre dans la comptabilité réelle des organisations. Ce changement de paradigme intéresse de plus en plus sérieusement les entreprises, les ONG, les investisseurs et même les régulateurs. Imaginez un monde où les performances économiques prennent réellement en compte leur impact sur la planète : ce monde existe déjà, et il s'appelle CARE. C'est un outil de pilotage interne, qui vient pour l'instant se superposer à votre liasse fiscale légale.
Au programme
- Historique et origines de la comptabilité CARE
- Les fondamentaux : un modèle multi-capitaux
- Les trois familles de capitaux : financier, humain, naturel
- Mise en œuvre : trois niveaux d'application
- Études de cas : la méthode CARE en action
- Limites et défis de la comptabilité CARE
À qui s'adresse ce guide
Dirigeant, responsable RSE : vous êtes au bon endroit. Ce guide vous permet de comprendre la comptabilité CARE de manière claire, accessible et complète, pour structurer votre démarche de soutenabilité au-delà du reporting.
Direction financière, gestion des risques, audit : si vous cherchez une approche plus opérationnelle et stratégique, orientée pilotage et décision, ces articles complémentaires sont faits pour vous :
- La comptabilité CARE pour les directions financières — intégrer les capitaux naturels et humains dans les états financiers ;
- Gestion des risques : la comptabilité CARE dans votre cartographie et votre pilotage — relier risques écologiques, financiers et humains dans un même cadre ;
- Transformation et stratégie : passer du reporting RSE au véritable pilotage — faire de la comptabilité écologique un levier d'évolution du modèle d'affaires.
Historique et origines de la comptabilité CARE
On pourrait croire que la comptabilité n'a guère changé depuis les premiers jetons d'argile des comptables de Mésopotamie. CARE en est pourtant une transformation profonde — et comme toute transformation, elle a ses penseurs et ses moments clés.
Les prémices : quand la comptabilité découvre qu'elle a un impact
Dans les années 1990, le chercheur écossais Robert Gray propose que les entreprises cessent de ne regarder que leur capital financier, pour se soucier aussi de leur impact sur la nature et sur les humains.
En 2013, trois acteurs jouent un rôle déterminant :
- Jacques Richard, professeur émérite et spécialiste de comptabilité ;
- Alexandre Rambaud, chercheur en comptabilité durable et co-architecte du modèle ;
- Hervé Gbégo, expert-comptable pionnier de la durabilité au sein de l'Ordre.
Les deux premiers développent la théorie et la structure comptable de CARE, tandis que le troisième joue un rôle essentiel de diffusion, d'institutionnalisation et de mise en pratique au sein de la profession comptable. Ensemble, ils posent les bases d'une comptabilité qui ne considère plus la nature et les humains comme de simples « externalités », mais comme de véritables capitaux à préserver.
CARE : quelle différence ?
Contrairement à la comptabilité classique, qui convertit tout en euros, CARE repose sur un principe clé : la non-compensation entre capitaux.
- On ne remplace pas un arbre par des euros.
- On ne compense pas une forêt détruite ici en en plantant une ailleurs.
- On ne compense pas un salarié épuisé par une prime.
Chaque capital — sol, eau, climat, biodiversité, humains — est une entité capitale singulière, non substituable et généralement locale. Si une entité est dégradée, elle doit être préservée ou restaurée là où elle a été impactée. C'est une logique de soutenabilité forte.
Pourquoi CARE ne parle pas d'externalités
Dans la comptabilité et l'économie traditionnelles, on qualifie les dégâts environnementaux d'« externalités négatives ». Le terme est révélateur : il considère que ces impacts se produisent à l'extérieur du périmètre comptable de l'entreprise.
La méthode CARE supprime cette frontière. L'entreprise n'a pas d'externalités, mais des responsabilités internes :
- un salarié épuisé n'est pas une externalité sociale : c'est une dette envers le capital humain ;
- une rivière polluée n'est pas une externalité environnementale : c'est une dette envers le capital naturel.
Avec CARE, l'écologie cesse d'être « externe » pour devenir une obligation inscrite au cœur du bilan. On ne gère plus des impacts : on gère ses propres dettes.
Et aujourd'hui ?
La méthode CARE poursuit son chemin. La Chaire Comptabilité écologique et l'association Cerces militent activement pour qu'elle devienne la norme, et de plus en plus d'organisations testent et mettent en œuvre le modèle.
CARE est donc plus qu'une méthode comptable : c'est un changement de paradigme, qui redéfinit la façon dont on évalue la performance des organisations.
Les fondamentaux : un modèle multi-capitaux
Et si la comptabilité pouvait faire bien plus que gérer des bilans financiers ? Avec CARE, elle prend une nouvelle dimension, en intégrant l'humain et la nature dans l'équation.
La nuance clé : ressource ou entité capitale
Pour comprendre CARE, il faut saisir une nuance fondamentale :
- en comptabilité classique, on parle de ressources ou d'actifs : ce que l'entreprise possède et consomme ;
- dans CARE, on parle d'entités capitales : ce que l'entreprise utilise, mais qui a une existence propre.
Une entité capitale est un élément du monde réel — une forêt, une nappe phréatique, un collectif de salariés — qui doit être maintenu en bon état. L'entreprise ne « possède » pas ces entités, même si elle est propriétaire du terrain : elle en est comptable. Elle doit garantir leur santé indépendamment de leur utilité économique.
Les trois familles de capitaux : financier, humain, naturel
CARE distingue trois familles de capitaux — mais pas trois capitaux : autant de capitaux que d'entités à préserver.
Le capital financier
C'est le capital classique, celui que tout le monde connaît. Il représente les ressources monétaires que l'entreprise utilise pour ses opérations — et dans la comptabilité traditionnelle, c'est souvent le seul qui compte.
À l'origine, la comptabilité était un outil de gestion conçu pour assurer la pérennité des organisations. Avec le temps, elle s'est focalisée sur la dimension financière, réduisant l'évaluation d'une entreprise à ses résultats économiques. Cette approche montre aujourd'hui ses limites : elle ne permet pas de prendre en compte tout ce qui fait réellement la valeur d'une organisation. C'est là que CARE intervient, en remettant sur un pied d'égalité les capitaux financier, humain et naturel.
De la propriété à la confiance
- L'erreur classique : voir le profit comme une fin en soi, et l'argent comme une propriété absolue de l'entreprise.
- La vision relationnelle : le capital financier est une dette envers des apporteurs — actionnaires, banques. On ne « possède » pas le capital financier : on entretient une relation de solvabilité avec les apporteurs. Maintenir ce capital — rembourser les emprunts, ne pas détruire la valeur —, c'est maintenir la confiance.
- La relation à préserver : la solvabilité.
Le capital humain
La comptabilité CARE considère chaque humain comme une entité capitale : d'abord les salariés et les personnes qui contribuent directement à l'activité, mais aussi, selon les cas, d'autres personnes affectées par l'organisation — fournisseurs, sous-traitants, riverains. Autrement dit, l'ensemble des parties prenantes de sa chaîne de valeur.
CARE ne considère pas ces personnes comme des « ressources » interchangeables, mais comme des acteurs à protéger. La méthode insiste sur la nécessité de préserver le bien-être des salariés tout en limitant les impacts négatifs sur les parties prenantes externes : conditions de travail décentes, respect des droits sociaux, reconnaissance des compétences et des contributions de chacun.
Du stock de compétences à la relation de travail
- L'erreur classique : voir les collaborateurs comme un réservoir d'énergie ou de compétences dans lequel on puise — une « ressource humaine » consommable dont on cherche à « optimiser le stock ».
- La vision relationnelle : l'entreprise ne possède pas les individus. Le capital humain est la relation de travail — le contrat social, formel et psychologique — qui lie les personnes à l'organisation. La dette humaine (burn-out, manque de formation, salaires indécents) n'est pas une baisse du stock : c'est une dégradation du lien de coopération. Si l'organisation du travail est pathogène, elle brise cette relation.
- La relation à préserver : la santé et la coopération.
Pour aller plus loin : Repenser le capital humain : de la valorisation à la préservation.
Le capital naturel
La nature est enfin reconnue à sa juste valeur. Le capital naturel englobe le sol, l'eau, le climat et la biodiversité. CARE propose que les entreprises intègrent ces éléments dans leur comptabilité, en veillant à les préserver pour les générations futures.
De la ressource à la symbiose
- L'erreur classique : voir la nature comme un stock inerte dans lequel on puise, un garde-manger.
- La vision relationnelle : le capital naturel est une entité vivante, avec laquelle nous entretenons une relation métabolique. La dette écologique n'est pas le prix de la nature : c'est le coût du maintien de la relation. Si cette dette n'est pas remboursée par la restauration, la relation se brise — le milieu devient hostile, ou impropre à l'activité.
- La relation à préserver : la viabilité écologique.
Pour aller plus loin : Capital naturel : comment le comptabiliser pour garantir la soutenabilité forte de votre entreprise.
Comment la comptabilité CARE intègre ces capitaux
Dans CARE, un capital n'est pas une ligne abstraite, mais une entité concrète : une forêt, un sol, une masse d'eau, un climat local, un collectif de salariés. L'entreprise n'en est pas propriétaire au sens ontologique : elle les emploie pour son activité.
Ces entités sont inscrites au passif, pour le montant des dépenses nécessaires à leur préservation ou à leur restauration : ce sont des avances que le vivant fait à l'entreprise. En retour, l'entreprise a la responsabilité de préserver ces capitaux. Concrètement, les profits ne sont calculés qu'après avoir assuré cette préservation, ce qui garantit une activité économique durable et respectueuse de l'environnement et des personnes.
La comptabilité CARE ne cherche pas à « valoriser » la nature ou les humains. Elle calcule les euros nécessaires pour prévenir ou restaurer les capitaux dégradés. C'est cette estimation — et non une valeur de marché — qui constitue la dette environnementale ou sociale de l'organisation.
La comptabilité ne se contente alors plus de compter les euros : elle devient un outil de gestion responsable et durable, où l'humain et la nature sont au cœur des préoccupations.
Mise en œuvre : trois niveaux d'application
Officiellement, la méthode CARE est structurée en huit grandes phases : définir les capitaux, analyser les emplois, structurer les actions de préservation, etc. Pour rester pédagogique, nous les regroupons ici en trois niveaux de mise en œuvre : débutant, avancé, expert.
Adopter CARE, c'est un peu comme apprendre à cuisiner un plat gastronomique : on maîtrise d'abord les bases, puis on affine les techniques, avant de savoir innover et adapter sa recette. Plutôt que de plonger directement dans les détails, voici trois niveaux pour structurer votre transition vers une comptabilité durable, selon votre degré de maturité.
Niveau débutant : comprendre et poser les bases
Avant de produire des bilans extra-financiers et des indicateurs complexes, il faut comprendre où vous en êtes et ce que vous voulez préserver. L'idée : faire un état des lieux de votre organisation et identifier ses capitaux clés — naturels, humains, financier.
D'abord, on cartographie. Votre organisation crée de la valeur — mais sur quoi repose-t-elle ? Quelles sont les ressources essentielles qui lui permettent de fonctionner durablement ? Ce sont elles qu'il faudra préserver pour éviter une crise future.
Ensuite, on identifie ce qui est en jeu. Une fois les capitaux identifiés, il faut comprendre leurs impacts : comment votre activité les influence-t-elle ? Se dégradent-ils, ou sont-ils bien gérés ?
Enfin, on met en place un premier suivi. Quelques indicateurs simples suffisent pour commencer à suivre la santé de ces capitaux : consommation d'eau, formation du personnel, quota carbone…
À ce stade, vous posez les bases de votre transition vers la comptabilité CARE. Inutile de tout transformer immédiatement : l'essentiel est de savoir où vous en êtes, et ce qu'il faut surveiller.
Niveau avancé : structurer et intégrer la préservation
Une fois les bases posées, il faut passer à l'action : ne plus se contenter d'observer, mais intégrer des mécanismes concrets pour préserver les capitaux identifiés, et modifier progressivement votre organisation pour intégrer cette préservation à votre gestion quotidienne.
On met en place des actions correctives et préventives. Si certains capitaux sont en danger — une ressource surexploitée, des burn-out dans les équipes —, on définit des actions pour les préserver et rester dans leurs seuils de bon état écologique : réduire la consommation d'une matière première, améliorer les conditions de travail…
On repense ses flux financiers. Une entreprise investit en permanence : achats de matières premières, infrastructures, recrutement. L'enjeu est d'intégrer des critères environnementaux et sociaux à ces décisions, pour éviter que chaque dépense ne crée de nouvelles dettes écologiques.
On inclut la durabilité dans son modèle économique. Pour que ces actions aient un impact durable, elles ne doivent pas être des coûts supplémentaires, mais des éléments intégrés à votre gestion et à votre modèle d'affaires : inclusion de ces dépenses dans les budgets, et réévaluation de votre rentabilité à la lumière de ces nouvelles données.
À ce stade, vous ne subissez plus votre impact : vous commencez à le gérer et à l'anticiper. La comptabilité CARE devient un outil stratégique, et non plus un simple indicateur de durabilité.
Niveau expert : piloter, optimiser et faire de CARE un levier de performance
Votre démarche est structurée et des actions concrètes sont en place. Il est temps de faire de CARE un véritable outil de pilotage et d'optimisation : mesurer, ajuster et affiner votre approche pour maximiser la résilience et la performance de votre organisation.
On formalise de nouveaux indicateurs de gestion. Vos performances financières ne suffisent plus à piloter. Il faut des outils qui intègrent les indicateurs environnementaux et sociaux au même titre que les chiffres classiques :
- un bilan et un compte de résultat intégrés, multi-capitaux ;
- des indicateurs de suivi dynamiques.
On ajuste en continu. CARE n'est pas un modèle figé, mais une approche évolutive. Ce qui était un bon équilibre financier et environnemental hier ne le sera peut-être plus demain : il faut analyser régulièrement les résultats pour ajuster vos stratégies et anticiper les changements de contexte.
On fait de la comptabilité CARE un avantage concurrentiel. Les organisations qui intègrent efficacement la comptabilité socio-environnementale bénéficient souvent d'un meilleur accès aux financements, d'une meilleure réputation et d'une plus grande résilience économique. Vos résultats deviennent un levier pour vous différencier et conquérir de nouveaux marchés.
À ce niveau, la comptabilité CARE n'est plus seulement une approche comptable ou éthique : c'est un véritable outil de gestion et d'innovation, au service de votre performance globale.
Pourquoi une approche par niveaux ?
- Progressivité : on ne passe pas d'une comptabilité classique à CARE du jour au lendemain.
- Adaptabilité : chaque organisation avance à son rythme, avec ses contraintes propres.
- Actionnabilité : chaque niveau propose des actions concrètes, sans surcharge d'informations.
Études de cas : la méthode CARE en action
Ces données réelles sont issues du rapport collectif de mission CARE-PACA (2020), une expérimentation officielle pilotée par l'ADEME, l'Institut national de l'économie circulaire et le cabinet Compta Durable, avec l'appui scientifique de la Chaire Comptabilité écologique, auprès de dix entreprises — de la TPE au grand groupe.
Cas 1 — Capital humain : révéler la dette sociale cachée
L'angle mort comptable
En comptabilité classique, payer des salaires bas est une « bonne gestion » qui améliore le résultat immédiat. L'usure des salariés, la précarité ou le turnover sont invisibles au bilan.
La révélation CARE
Les entreprises pilotes ont défini leurs équipes comme un capital humain à préserver strictement :
- elles ont fixé un seuil de salaire décent nécessaire au maintien du niveau de vie — par exemple 1 500 € net par mois ;
- tout écart sous ce seuil a été inscrit comme une dette écologique envers le salarié ;
- les budgets non dépensés pour la prévention des risques psychosociaux (RPS) sont devenus des dettes de santé.
L'impact stratégique
L'application de la méthode a fait augmenter le ratio d'endettement global des entreprises de 15 à 20 %.
Le constat : la rentabilité apparente de certaines activités était artificiellement gonflée en « consommant » le capital humain. Avec CARE, l'entreprise ne peut plus générer de profit sur l'épuisement de ses équipes sans dégrader sa solvabilité.
Cas 2 — Capital naturel : quand le climat menace la solvabilité
L'angle mort comptable
Une entreprise de services pense souvent avoir un impact neutre. Pourtant, sa flotte ou ses achats créent une dette carbone invisible, qui s'accumule année après année.
La révélation CARE
Les entreprises ont comptabilisé un capital atmosphère :
- elles ne se sont pas contentées de compter le CO₂, comme dans un bilan carbone ;
- elles ont inscrit au passif le coût réel de l'action nécessaire pour respecter les quotas climatiques — un budget carbone strict ;
- tant que l'entreprise n'investit pas pour réduire ses émissions (par exemple une flotte électrique) ou séquestrer du carbone, elle creuse une dette écologique au bilan.
L'impact stratégique
Le rapport souligne qu'en l'absence d'action corrective rapide, cette dette écologique suit une trajectoire exponentielle, qui finit par menacer la solvabilité même de l'entreprise.
Le constat : l'écologie change de statut. Ce n'est plus une valeur morale optionnelle, c'est un risque de solvabilité chiffré, capable de bloquer l'accès au crédit bancaire à moyen terme.
Pourquoi ces cas sont importants
Ces exemples concrets montrent que la comptabilité CARE n'est pas qu'un concept théorique, mais un véritable outil stratégique, qui transforme la manière dont les entreprises et les institutions évaluent leur performance et leur impact.
Quel que soit votre secteur, adopter la comptabilité CARE permet d'anticiper les risques, d'améliorer votre rentabilité à long terme et d'aligner votre activité sur les enjeux de demain.
Limites et défis de la comptabilité CARE
Pourquoi n'est-ce pas encore la norme — et comment y remédier ? La comptabilité CARE est logique et durable ; mais comme toute idée qui bouscule les habitudes, elle fait face à des résistances et à des défis. Voici les principaux obstacles à son adoption, et surtout les solutions pour les dépasser.
« C'est trop compliqué, nous n'y arriverons jamais. »
CARE demande d'intégrer de nouvelles notions dans la comptabilité, notamment les capitaux naturels et humains. Ce n'est pas évident quand on a passé des années à ne regarder que les euros, et certains comptables et dirigeants peuvent se sentir dépassés.
Les solutions :
- y aller pas à pas : commencer par un seul capital — par exemple le capital humain —, puis élargir progressivement ;
- s'appuyer sur des experts : des consultants spécialisés peuvent accompagner la transition. Personne n'est expert de tous les capitaux : la comptabilité CARE s'implante de façon transversale au sein d'une organisation.
« Nous n'avons pas les données nécessaires pour mesurer tout cela. »
Comptabiliser l'impact environnemental et social, d'accord — mais comment le mesurer ? Tout n'est pas aussi simple que les chiffres d'un bilan financier.
Les solutions :
- utiliser les indicateurs existants : on ne part pas de zéro. Des bases existent sûrement déjà — empreinte carbone, indice de bien-être au travail… ;
- collecter les données progressivement : pas besoin d'un système parfait dès le premier jour. CARE est une approche évolutive et itérative ;
- s'inspirer des pionniers : certaines organisations mettent déjà en œuvre CARE et partagent leurs bonnes pratiques.
« Changer de méthode ? Nous avons toujours fait comme ça. »
La résistance au changement est réelle. Comptables, dirigeants, investisseurs : beaucoup sont habitués aux pratiques établies, et voient la comptabilité CARE comme une transformation intimidante.
Les solutions :
- prouver que ça marche : montrer des exemples concrets d'organisations qui ont adopté CARE avec succès ;
- ne pas imposer, mais convaincre : expliquer que CARE est conçue comme un modèle comptable complet, capable à terme de remplacer la comptabilité traditionnelle. Dans la pratique, la plupart des organisations commencent par l'utiliser en complément, puis l'intègrent progressivement au cœur de leurs comptes ;
- impliquer les parties prenantes : plus les collaborateurs comprennent l'intérêt de la comptabilité CARE, plus ils l'adoptent naturellement.
« Cela va coûter très cher à mettre en place. »
Entre les formations, la collecte de données et la mise à jour des systèmes comptables, CARE peut sembler coûteuse à court terme.
Les solutions :
- penser investissement plutôt que coût : les organisations qui intègrent la durabilité réduisent leurs risques financiers à long terme ;
- chercher des financements : de nombreux fonds et subventions existent pour accompagner la transition écologique ;
- réduire les pertes cachées : CARE permet d'éviter les coûts futurs liés aux risques environnementaux et sociaux — amendes, crises d'image, ruptures d'approvisionnement…
« Et si personne ne l'adopte, nous serons seuls à le faire ? »
La comptabilité CARE n'est pas encore une norme universelle : certains hésitent à être précurseurs, de peur de se retrouver isolés.
Les solutions :
- les tendances réglementaires vont dans le sens de CARE : la CSRD et la CS3D, avec leur logique de double matérialité, obligent les entreprises à relier leurs impacts sur le vivant et leur performance financière ; CARE fournit justement un cadre comptable multi-capitaux qui peut aider à opérationnaliser cette logique. La comptabilité CARE n'est pas, à ce jour, une norme réglementaire, mais elle est citée par plusieurs institutions — le Sénat, l'ADEME, le CESE, le rapport Notat-Senard… — et intégrée à des guides de l'OCDE. Une étude montre d'ailleurs que la CSRD permet aux entreprises d'en tirer des avantages ;
- les organisations commencent à s'y mettre : l'adoption progressive de CARE par des acteurs influents va créer un effet d'entraînement ;
- les avantages concurrentiels sont réels : être précurseur sur un modèle durable, c'est aussi se différencier, et attirer de nouveaux clients, talents et investisseurs.
La comptabilité CARE pose des défis, mais aucun n'est insurmontable. Comme toute innovation, elle demande une phase d'adaptation. Avec de bonnes stratégies, du pragmatisme et une vision de long terme, les organisations peuvent non seulement l'adopter, mais en tirer un véritable avantage stratégique.
Et si, au final, c'était la comptabilité traditionnelle qui était dépassée ?
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